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     Contes et Légendes de Corse  

     

    La Fée du Rizzanèse

     

    Charles Amable Lenoir - Une nymphe dans la foret Tableau de Charles Amable LENOIR

     

    Vers  la fin du XVII è siècle  dans  le  village  d’ Olmiccia au domaine  de Tulono, le long duquel coule le « Rizzanèse », habitait le dénommé Poli. Un jour qu’il se promenait sur la berge, il s’ arrêta stupéfait. Au bord du trou, qui  plus tard, prendra le nom de «Tufone di a Fata  » ( le Trou de la Fée )  il vit précisément, une  fée.. Ignorant la présence du jeune homme, elle était en train de faire sécher sa lessive sur une  pierre.. Poli, de crainte  de l’ effrayer et de la voir s ’enfuir ne bougea pas et resta ainsi un long moment à l’ observer  , elle était si belle  .Il  revint  le lendemain , le surlendemain et  fit  de même durant plusieurs jours  sans jamais se faire entendre. Il observait la jeune fille dont il était en train de tomber amoureux. Or, un jour une idée saugrenue traversa son esprit , il désira faire d’elle sa femme  mais pour  se  faire, il devait la capturer. Il revint donc avec un filet et tandis  que la fée était occupée à démêler sa longue chevelure ,il lança promptement  son filet sur celle qu’il convoitait . Captive, il ne craint  plus  de lui déclarer  sa flamme  et la demanda pour épouse.. La fée  émue , accepta la proposition du jeune homme  à la condition  formelle,  qu’il ne cherchât  jamais à savoir  comment elle mangeait et buvait. Trop  heureux  de ce  consentement , Poli  accepta la condition et le mariage fut célébré . Il n’y eut dit-on  à  Olmiccia , épouse plus admirable. Elle donna à Poli ,trois filles et trois beaux  garçons  qui   firent sa fierté . Tout aurait  pu être parfait, si le démon  de  la curiosité  ne  vint un jour titiller cet heureux homme . En effet  durant toutes ces années, il avait remarqué, qu’ après avoir servi  le repas à sa famille, son épouse se retirait dans sa chambre en emportant les restes, mais jamais il ne céda à la tentation de la suivre, sauf ce  jour là, où ,n’y tenant plus, il  alla regarder par le trou de la serrure de la chambre.. Alors, Oh surprise ! il vit  que  sa  femme avait une ouverture dans le dos , par laquelle  elle absorbait  sa nourriture..  Poli venait d’assouvir  sa  curiosité mais de  ce fait  avait failli à sa  promesse. Surprise  en  son  secret , La fée  s’ écria  alors :

    « Hélas, tu viens de faire notre malheur ! »

    lls durent se quitter. Les enfants furent partagés  et  Poli choisissant les  trois garçons , la fée  disparut avec ses  trois filles. Sur le seuil de la porte , avant que de quitter le logis, elle  se  retourna et prédit  à  son mari : 

    « Fino  alla settisime  generazione, la  stirpe  dei  POLI  più de tre  barbe mai  generar non  potrà !   »
                        

       Traduction

    «  Dès lors, et jusqu’à la septième  génération, la famille  POLI  ne comptera parmi  les siens, pas  plus de trois  héritiers  mâles ! »                     


    Ces mots restèrent à jamais gravés dans les mémoires, car la fée ne s’était  pas   trompée et 

    l’ avenir le  prouva….
     

      Dominique

     


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  •  Contes et Légendes de Corse 

     

    "L e  Fulletu "

     

    gifs lutins

    Gif: papillondavril.centerblog.net

     

    Le « Fulletu «  est  un petit Lutin  facétieux  il se dérobe volontiers aux regards des humains  et après qu’ il  ait fait une bonne farce, on l’ entend  rire  aux éclats et frapper dans ses mains  qui ont la particularité  d’être  pour l’une; en étoupe et pour l’autre en  plomb. Lorsqu’il  jette son dévolu sur une personne ou une habitation  à laquelle  il s’attache, il est très difficile à  chasser et il faut rivaliser de ruse  pour pouvoir s’en  défaire. Sans être réellement malveillantes, ses tracasseries  restent  pour le  moins irritantes. Voici  deux exemples,des farces qu’ il affectionne.


    U
    n jour une jeune bergère quittant le « Stazzu » (bergerie) pour aller à la ville vendre ses fromages et ses « brocci », disposa ceux-ci sur une planche qu’elle posa  sur sa  tête. Marchant avec aisance, elle sentit tout à coup s’appesantir sa charge tant et si bien, qu’elle finit par la jeter  à terre en s’écriant :

                   « On dirait que le diable est dedans ! »

    Elle  aperçut alors, au même instant  le « Fulletu »  qui joyeusement gambadait autour d’elle en riant  et tapant dans ses mains tout  heureux du bon tour qu’il venait de lui jouer.


     
    C 'est sur un brave meunier, qu’il jeta une autre fois son dévolu. Alors que celui-ci était en train de moudre son grain ,le « Fulletu » , car il avait  cette possibilité, pris l’apparence d’un  petit garçon, transi de froid et qui pleurait. Le meunier ému,  fit entrer  l’enfant dans sa demeure où , dans la cheminée  brûlait un bon feu, duquel l’enfant refusa  de s’approcher pour y réchauffer ses pieds, car pour se faire, il aurait du se déchausser  et  mettre à nus ses pieds fourchus. Le brave  homme, peu suspicieux,  s’ en retourna à ses  travaux lorsque soudain, la roue  du moulin s’arrêta. En effet il n’ y avait plus  le moindre  filet d’eau  pour la faire tourner . L’enfant alors  arriva en riant et  en  frappant dans ses mains

            « Ta journée est  finie meunier ! Tu  peux aller te coucher »  

    dit-il goguenard.

     

    Mais le « fulletu » a un point faible , son «Talon d’ Achille » pourrait-on dire. Il  a  une sainte horreur du désordre. Le paysan Corse lui, est rusé et un matin, il monta au grenier et mélangea  un sac de blé avec un sac d’avoine que le lutin, par sa nature, fut obligé de trier grain par grain. La besogne s’ annonçant si longue et si fastidieuse, qu il se découragea  bien vite  et dégoûté quitta la maison devenue  inhospitalière. De ce fait  celle-ci  recouvra  son calme



    Dominique

     

     


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    "U CATENACCIU"  

    ( LE PORTEUR DE CHAINES )

     

    Mes Poèmes :" U CATENACCIU"   (LE PORTEUR DE CHAINES)

    Il est vingt deux heures, sur l’Ile de Beauté

    Au parvis d'une l’église la foule  est amassée

    Soudain les portes  s’ouvrent, la multitude s’écarte

    Il sort, portant tunique et  cagoule  écarlates

    Qui peut être cet homme, dont on ne connaît rien

    Et quelle fût sa faute, son vœu, ou son chagrin

    Pour avoir demandé que de porter les Chaînes

    En ce Vendredi Saint , dans les rues de Sartène ?

    Ce pénitent, dont nul, ne doit savoir le nom

    Pour le prix de ses peines, veut revivre la « Passion »

    C’est une grande faveur qui lui est départie

    Il n’aura celle-ci, qu’une fois dans sa vie

    Les lourdes chaînes fixées à sa cheville droite

    Résonnent tristement, dans les ruelles étroites

    Le dos déjà courbé , sous cette lourde Croix

    Comme le fit le Jésus, il tombera, trois fois

    Il fléchit sous la charge, pesantes sont les chaînes

    Il titube, il vacille sous le poids qui l’entraîne

    Et avant que d’avoir, atteint l’escarpement

    Ses pieds meurtris, blessés, sont rougis par le sang

    Sur son passage on prie, on chante, on psalmodie

    Perdonu mio Dio, Dio perdonu mio,

    On entonne les « Pater », on récite les « Avé »

    Et la foule innombrable, par la ferveur gagnée

    Ressemble à si méprendre, à celle qui  assista

    A l’ascension du Christ, vers le mont Golgotha


    ©
    Dominique 

     


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  • LEGENDE : « La Sposata » ( L'Epousée )

     

    Au centre de la Corse, au-dessus de la région d'Orsino que l'on appelle la Cinarca, se dresse, à 1429 mètres au-dessus du niveau de la mer, une montagne rude et abrupte . La Sposata, (qui veut dire La Mariée : L’Epousée ). Lorsque sa cime est éclairée du côté de la plaine par les rayons du soleil couchant, elle présente très nettement à la vue de l'observateur, la silhouette d'une paysanne corse à cheval. Cette silhouette a, vous vous en doutiez, une histoire ou, du moins, elle a donné naissance à une légende et la voici :

    Il y avait jadis au petit village de Nessa, au pied des premiers contreforts de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joanna Ambiegna et sa fille Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant des plus misérables parmi les plus misérables du hameau. Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restait à la maison et faisait la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d'un propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père, il ne restait à peu près que la maison et un indigent mobilier. Joanna était douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui jamais, pour elle, n'avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui vont au coeur des mères.

    Maria restait dehors toute la journée avec ses bêtes. Lorsqu'elle les avait rentrées, elle mangeait la soupe préparée par sa mère, un morceau de broccio ( fromage de brebis) quand il y en avait, et elle allait se coucher. Bien souvent, solitaire, la vieille femme pleurait dans sa cuisine, qui servait aussi de salle à manger  et, où était dressé, son lit. Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d'une grande beauté. Aucune fille dans toute la région n'avait d'aussi grands yeux noirs, aucune un visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus longues, de cheveux plus fins. Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme, l'avait un jour aperçue, tandis qu'il chassait le mouflon sur les pentes de la montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s'était même installé dans la maison qu'il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques lieues de là, à Orsino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie bergère. Lorsqu'il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix s'envoler sous ses pieds, les lièvres débucher du maquis, cet enragé chasseur , ne s'en occupait plus. Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à Maria Ambiegna :

    Veux-tu être dame de la Cinarca ?

    Maria,qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.

    Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu'à Ajaccio un cri d'étonnement. Jamais on n'eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles familles, put songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.

    Maria était heureuse, certes, mais son bonheur était mitigé par l'humiliation qu'elle éprouvait de n'apporter en dot à son époux que sa personne et les quelques misérables hardes qu'elle possédait.

    Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle sentait qu'elle la perdait à jamais et que Maria, dans la splendeur, oublierait complètement sa pauvre mère. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et de chercher à l'adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la gourmander, l'accusant d'avoir mal géré son héritage, - si l'on peut appeler héritage deux chèvres, une cahute croulante et quatre meubles, - déclarant que le peu qui restait était à elle et qu'elle entendait l'emporter.

    Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu'aux ustensiles de ménage, jusqu'aux couvertures, jusqu'aux assiettes d'étain, tout fut entassé dans des paniers. Ce n'est pas que Maria pensât que cela put servir en aucune façon dans la riche demeure de son futur époux, dans ce château d' Orsino dont on vantait partout le luxe et les commodités, mais, comme elle le disait, elle ne voulait pas y entrer les mains vides.

     

       A suivre . . .

     


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  • LEGENDE : « La Sposata »  ( L'Epousée )    Suite et fin 

     

    Enfin le grand jour arriva. Luciano, avec un imposant cortège d'amis, de serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place de Nessa. Des paniers soigneusement recouverts, afin que l'on ne vît pas les pauvres choses qu'ils contenaient, furent chargés sur le dos de mulets. Maria, après avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l'édification de son fiancé et du public que par le moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux côtés de son futur époux. Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe d'allégresse, tiraient des coups de fusil en l'air, l'épousée quitta, sans un regard en arrière, le village natal.

    Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de valeur, de tous les souvenirs de défunt son mari, des petits riens auxquels elle était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège s'éloigner. Le chemin d'Orsino grimpe à travers la montagne et s'élève dès la sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre, le riant équipage, s'égrenant le long des flancs abrupts. Elle distinguait en tête du cortège, sa fille sur sa jument blanche, à côté du seigneur de la Cinarca, sur son cheval noir.

    On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne songeait plus qu'aux plaisirs qui l'attendaient, à cette vie de grande dame qu'elle allait mener à Orsino, aux immenses terres qu'elle allait partager avec son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont l'enfance s'était passée à garder les maigres chèvres des autres. Mais non, dans son âpreté, elle n'avait de pensée que pour ce qu'elle emportait, pour les choses sans utilité désormais pour elle, qu'elle avait arrachées à la pauvreté de sa mère. Elle craignait d'en avoir oublié.

    Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses bagages le racloir de son pétrin. Ce racloir, sa mère s'en était servi la veille, puisque l'on avait fait de la galette.

    Ce geste de Maria, ne resta pas inaperçu de Luciano qui faisait attention au moindre mouvement de celle qu'il aimait avec tant d'ardeur.

    Qu'y a-t-il, ma chère âme? Demanda-t-il anxieux. Auriez-vous oublié quelque objet qui vous fût cher?

    Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria. J'ai oublié à Nessa le racloir du pétrin.

    Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.

    Eh qu'importe, ma mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s'en servira. N'en a-t-elle pas besoin? Vous n'aurez pas à Orsino à vous occuper de ces choses et je suis bien certain qu'il y en a tant qu'il en faut. Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.

    C'est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m'appartient et je désire l'avoir. Donnez donc l'ordre à un de vos serviteurs d'aller le réclamer.

    Luciano qui, en tout, voulait complaire à Maria, essaya pourtant de la dissuader d'envoyer quérir cet objet insignifiant, mais il s'aperçut qu'il fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nessa

    Joanna était toujours sur le seuil de sa demeure et n'avait pas perdu de vue le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où, bientôt, il disparaîtrait à ses yeux. Elle vit le cavalier qui se détachait du convoi et qui redescendait vers le village; quand le serviteur de Luciano de Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s'imagina que sa fille avait eu un regret de sa dureté et que l'homme était chargé pour elle d'un message de tendresse. Ah! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel l


    Très poliment, elle s'adressa au domestique qui mettait pied à terre devant sa masure

    Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d'une commission ? Avait-elle quelque chose à me dire ?

    Oui, répliqua l'homme, bourru et furieux d'avoir été envoyé en arrière et de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si peu de chose. Oui, donna Maria vous fait dire qu'elle a oublié le racloir du pétrin et que vous ayez à me le remettre tout de suite pour que je le lui apporte.

    Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la vieille .femme; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition, seule, misérable, dépouillée.
    Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne; elle tendit un poing courroucé flans la direction de sa fille et s'écria :

        Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre !

    On raconte aux veillées, qu'à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant l'atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d'un épais brouillard et qu'un éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et cavaliers. Certains ajoutent que la terre trembla, que l'on entendit des voix menaçantes sortir des précipices, ce ne sont là sans doute que les effets d'une imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.

    Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était changée en pierre, elle et son cheval.

     Et c'est la bergère Corse, l 'épousée du seigneur de la Cinarca, que les touristes peuvent voir juchée là haut sur le sommet.

    La SPOSATA :  Un roc, rien qu'un roc, comme son coeu
    r !



    Dominique


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